Explorations

Gege, princesse des freckels

23 avril 2019

Ça s’peut pas. J’y crois pas. C’est la vie qui passe, c’est la vie qui casse. Je voudrais tellement retourner là où nous étions tout près. Retourner là où la vie nous unissait. Comment j’ai pu oublier à quel point nous nous étions aimé? Laisse-moi t’aimer encore. Laisse-moi t’écrire encore.

 

C’est l’automne, le soleil est bas et nous réchauffe à travers le temps frais, c’est la rentrée, ça sent les livres propres, les coffres à crayons, j’attends le bruit de la café et de l’agora surpeuplée. On se rencontre aux casiers (tiens, salut Charles! et tu rougis…), on s’échange les petits papiers qu’on s’est écrit et pliés en origami. Encore un cours plate avec Denis le prof d’histoire, mais c’est tellement pas grave: on est ensemble. «Salut Nin, comment ça va? Moi bof. » Dans ta lettre tu me parles de Pierre-Luc, de Jimmy, Pascal ou Francis, de ton chagrin de la fin de semaine qui vient de passer et tu me demandes si j’ai envie de faire quelque chose avec toi ce vendredi. Oui Gege! Oui! Je veux faire quelque chose avec toi. Mon doux, je ne sais pas qu’est-ce que je t’ai répondu. J’espère que j’ai répondu oui. J’espère qu’on a eu du plaisir, qu’on a fait plein de folies et qu’on s’est repris de plus bel la fin de semaine suivante.


Un autre jour, même train-train d’amour. Dans ta lettre cette fois tu me parles de ta maladie, comment elle t’enrage, comment tu ressens de l’injustice: «Les gars aiment pas ça les filles malades», mais tu réussis quand même à la tourner en dérision: «Vu que je ne pourrai pas avoir d’enfant, je pense que je vais devenir soeur. Comme ça je pourrai tricoter et préparer des petits plats toute la journée». Veux tu bin me dire qu’est-ce que j’ai répondu à ta détresse? J’espère que je t’ai donné de l’amour et du réconfort. J’espère que j’ai su alléger le mal qui t’habitait. Je les yeux rivés sur ta lettre pendant que le prof de sciences phy déblatère son cour qui n’a pas fait de sens pour moi avant longtemps et je sors dans le plus grand respect du silence une feuille mobile et mes crayons de couleurs pour en mettre un peu dans ton coeur. La cloche sonne, je t’attends sur le banc et tu m’y rejoins sans qu’on ait eu besoin de se donner rendez-vous. On se met à parler et à planifier notre prochaine sortie de snow avec l’école. Ah non c’est Stephan qui s’en vient. Laisse-nous donc tranquille! Tu m’apprends que tu ne viendras pas en classe pendant 2 semaines parce que tu vas avoir tes traitements. Quoi? Deux semaines sans te voir?? Ça va tellement trop être long et je te supplie de rester. «Ah non Nini, c’est sur que j’veux pas venir à l’école pendant mes traitements. J’vais full m’ennuyer de vous, mais j’ai trop fait rire de moi dans le passé. J’veux pas vivre ça encore».


Cette époque est si loin. Tellement loin que je l’avais presque oublié. Dans une petite boîte bleue que tu m’avais confectionné, j’ai un beau trésor. Une panoplie de feuilles mobiles pliées minutieusement renferment les secrets de notre adolescence. C’est rempli de vie, de ta vie. Quelle chance j’ai eu de t’avoir comme amie! Non, t’étais pas juste ma cousine. T’étais ma cousine d’amour avec qui j’ai eu la chance de grandir.

 

Hey ça t’tentes tu de prendre le bus avec moi, ta mère pourrait venir te chercher? Aouaille donc Gege, prends donc le bus avec moi… Vient donc t’assoir à mes côtés pour qu’on fasse un autre bout de chemin ensemble… Débarque pas. Reste-là. Please. Laisse-moi rire de tes folies encore. Parle moi de tes histoires, montre-moi comment tu fais pour alléger la vie… «J’ai pas l’énergie Nin. J’suis usée à la corde. J’ai tout donné, faut que j’aille me reposer»…

 

Oui Gé, je comprends. Évidemment. Même si tu pars tu vivras toujours intensément dans mon coeur. Il renferme des souvenirs infinis aux mille et une couleurs de l’enfance dans lesquels tu t’amuses, tu pleures, tu te choques et tu danses. Ce sont des couleurs «piku-piku non effaçables inscrites à l’encre de Chine» et je m’y réfugierai chaque fois que tu me manqueras.

 

 

Les dés sont joués, rien ne va plus. Hier t’es sortie de l’hôpital pis on pensait que tu r’prendrais p’têtre du mieux. Tu te promenais de la table à ton lit, du lit au salon, attentive à la moindre conversation. On jase sans se soucier de la fatalité dans la salle à manger qui avoisine la chambre , pis on t’entend de ton lit, petite souris, lancer ton commentaire. Ah bin la torieuse a manque toujours rien! À va r’prendre du mieux maintenant. Un p’tit peu d’repos pis a va r’monter la pente. Comme les cents autres fois qu’elle l’a fait. C’t’une battante. Personne n’en doute et tout le monde s’en inspire… Inspire, expire, inspire, expire. Juste ça c’t’un combat. Y’en a qui s’batte pour avoir raison, elle a veut juste mettre de l’air dans ses poumons. Veux-tu bin me dire qu’est-cé qu’ya de plus gratuit qu’ça? Pour elle c’est d’l’or en barre.

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